Signal dangereux ? Les trois fondateurs de CoreWeave encaissent 3,3 milliards de dollars après l’IPO
Le moment où le fondateur a réduit sa participation a objectivement permis d'éviter une chute de 60 % du cours de l'action, et certains ont déjà réalisé près de 40 % de leur patrimoine. Derrière ce contraste frappant, l'entreprise supporte une dette colossale de 52 milliards de dollars, avec une probabilité de défaut sur cinq ans dépassant 60 %. Actuellement, la dette de l'entreprise atteint 52 milliards de dollars, et le flux de trésorerie libre cumulé négatif pour 2026-2028 est estimé à 71 milliards de dollars. Son modèle, consistant à emprunter à un taux d'intérêt de 9 % pour générer seulement 1 % de rendement, est sévèrement critiqué comme le « subprime » de l'intelligence artificielle. Le jeu financier à effet de levier élevé sur la puissance de calcul est désormais confronté à l'épreuve ultime du marché.
Les trois cofondateurs de CoreWeave ont procédé à d’importantes ventes d’actions la même semaine où le risque de crédit de l’entreprise a atteint un pic historique, suscitant un profond questionnement du marché sur la viabilité du modèle de financement à fort effet de levier pour la puissance de calcul d’IA.
Selon Bloomberg du 16 octobre, depuis l’introduction en bourse de CoreWeave en mars 2025, les cofondateurs Michael Intrator, Brian Venturo et Brannin McBee ont vendu des actions de l’entreprise pour une valeur totale de 3,3 milliards de dollars, dont 2,4 milliards de dollars rien qu’en 2026.
Après l’annonce, le cours de l’action CoreWeave a chuté de 15,46% en une seule journée mercredi, poursuivant sa baisse jeudi. Le contexte de ce désengagement massif des fondateurs coïncide avec la détérioration simultanée des indicateurs de risque de crédit de CoreWeave : l’écart du swap sur défaut de crédit (CDS) à cinq ans, indicateur du risque de crédit de l’entreprise, a atteint 1194,5 points de base au cours de la semaine du 14 octobre, affichant un record intrajournalier, ce qui implique une probabilité de défaut sur la dette supérieure à 60% sur cinq ans.
Des analystes soulignent que les trois fondateurs connaissent mieux que tout investisseur externe la structure de la dette de l'entreprise, la durée des contrats clients et la vitesse d’amortissement des GPU. Alors que les CDS atteignaient un nouveau record et que l’entreprise évoquait publiquement une "capacité de financement illimitée", ils ont vendu 2,4 milliards de dollars d’actions en 12 mois. Près de 40% du patrimoine personnel de McBee est aujourd’hui détenu en liquidités ou équivalents de trésorerie.
Les fondateurs choisissent de monétiser une partie de leurs parts, le marché obligataire ajuste le prix du risque de défaut – deux mouvements qui convergent. Les analyses des instituts CreditSights et DA Davidson révèlent la même fragilité structurelle : face à une surcapacité de calcul, la logique d’expansion à fort levier risque d’être fondamentalement remise en question.
Montants cédés et évolution de la participation des fondateurs
L’ampleur quantitative des ventes des trois fondateurs est particulièrement frappante.
Intrator a vendu pour plus de 907 millions de dollars d’actions depuis le 1er janvier 2026, figurant ainsi parmi les cinq principaux vendeurs internes d’entreprises américaines sur les deux derniers trimestres. Depuis l’IPO, il a vendu l’équivalent de 16,5% de sa participation non diluée.
McBee est celui qui a le plus vendu. Depuis l’IPO, il a cédé 1,06 milliard de dollars d’actions, dont 577 millions de dollars rien qu’en 2026, représentant au total 40,4% de sa participation non diluée lors de l’IPO. Selon Bloomberg Wealth Index, près de 40% de sa fortune personnelle est aujourd’hui en liquidités ou équivalents.
Venturo a vendu pour 734 millions de dollars d’actions rien qu’au deuxième trimestre 2026, ce qui fait de lui le deuxième plus gros vendeur interne américain sur la période. Au total, ses ventes depuis l’IPO dépassent 1,2 milliard de dollars, soit plus de 35% de ses parts initiales.
À noter, avant la cotation, les trois hommes avaient déjà cédé pour 488 millions de dollars via deux offres de rachat en 2023 et 2024.
À propos de ces cessions, un porte-parole de l’entreprise a déclaré que les trois fondateurs détenaient encore ensemble environ 20% du capital, figurant parmi les six principaux actionnaires. Toutes les ventes étaient planifiées à l’avance, pleinement divulguées et conformes au plan 10b5-1, relevant de “décisions de planification financière personnelle responsables que tout fondateur avec une participation importante serait amené à prendre”.
Le cours de CoreWeave a connu une forte volatilité. Dans les trois mois suivant l’IPO, l’action a grimpé d’environ 359% par rapport au prix d’introduction, faisant d’Intrator un homme disposant d’un patrimoine net de 11,8 milliards de dollars et propulsant les trois fondateurs dans l’indice Bloomberg des 500 plus grandes fortunes mondiales.
Mais le titre a ensuite reculé de plus de 60% depuis le sommet de juin 2025, et a perdu environ 50% sur un an. Ensemble, la richesse de ces trois fondateurs a fondu d’environ 15 milliards de dollars par rapport au sommet.
Pour autant, grâce à leurs ventes progressives, ils ont sécurisé 3,3 milliards de dollars en liquidités. Selon les calculs de Bloomberg, au cours actuel, la valeur des actions vendues est inférieure d’environ un tiers à la somme encaissée – ce qui montre que le timing des ventes leur a objectivement permis de préserver une part importante de leur fortune.
Une alerte historique du marché du crédit
Ces désengagements massifs interviennent sur fond de dégradation parallèle du risque de crédit CoreWeave.
Le 14 octobre, McBee déclarait dans une interview au Financial Times que l’entreprise cherchait à lever des fonds “illimités” auprès d’assureurs pour soutenir l’expansion de la puissance de calcul IA, assimilant ce capital à “tout l’argent du monde”. Le lendemain, l’écart de CDS à cinq ans de CoreWeave a atteint le sommet historique de 1194,5 points de base, reflétant une probabilité de défaut supérieure à 60% sur cinq ans selon le marché du crédit.
Dans le même temps, l’endettement de l’entreprise s’est aggravé. À fin juin 2026, la dette consolidée et les obligations locatives de CoreWeave atteignaient environ 52 milliards de dollars. En août 2026, la société a relevé sa prévision de dépenses d’investissement annuelles de 4 milliards, jusqu’à 39 milliards de dollars, essentiellement pour l’achat de GPU et le développement d’infrastructures IA. Selon le consensus Visible Alpha, le flux de trésorerie disponible négatif cumulé de CoreWeave pour 2026-2028 atteindrait 71 milliards de dollars.
De nombreux analystes émettent de fortes réserves sur la structure de financement CoreWeave.
Gil Luria, chez DA Davidson, qualifie CoreWeave de “subprime de l’IA”. Selon lui, le coût de la dette CoreWeave s’élève à 9%, alors que le rendement des investissements n’est que de 1%. Même en atteignant l’objectif de 4% à 5% de retour sur investissement fixé par la société, cela ne couvrirait pas le coût du financement. Luria compare ce modèle à “emprunter à 9% pour acheter des bons du Trésor américain rapportant 5%”, estimant qu’à chaque étape, la valeur est détruite.
Jordan Chalfin, analyste chez CreditSights, pointe un autre problème structurel : le décalage de maturité entre les baux de centres de données de CoreWeave et les contrats clients de courte durée. “Si la puissance de calcul venait à être surdimensionnée, quel client aurait encore intérêt à renouveler son contrat avec CoreWeave ?”
L’écart entre le soutien de Jensen Huang et la perception du marché du crédit
À noter qu’au moment où le marché obligataire valorise à plus de 60% la probabilité de défaut de CoreWeave, Jensen Huang, CEO de Nvidia, tenait à Stockholm un discours diamétralement opposé.
“CoreWeave se renforce chaque jour”, disait-il, “Je suis optimiste. En réalité, leur coût du capital diminue.” Il ajoutait que Nvidia n’avait pas besoin d’apporter un soutien financier à CoreWeave.
Nvidia détient environ 10% du capital de CoreWeave, lui fournit ses GPU et en est le deuxième actionnaire. Nvidia s’est aussi engagée à acheter pour 6,3 milliards de dollars de services cloud CoreWeave. Cette double relation alimente les craintes d’une “finance en cercle fermé” : le fournisseur de puces investit chez son client, qui utilise les fonds pour acheter les produits du fournisseur, gonflant artificiellement la demande d’infrastructures IA.
L’optimisme de Jensen Huang contraste fortement avec les signaux de risque émis par le marché du crédit, mais il n’apporte pas de données financières précises pour appuyer son assertion selon laquelle “le coût du capital baisse”.
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