Un nom, un numéro de téléphone ou un IBAN. Il n’en fallait pas plus sur Reacher pour faire remonter la fiche d’un inconnu. Le 6 octobre, les policiers ont fermé ce moteur de recherche de données volées et interpellé ses trois administrateurs. Ils ont 17 ans.
Pour les détenteurs de cryptomonnaies, l’affaire touche un nerf à vif. Depuis des mois, enquêteurs et associations désignent les fuites de données comme le carburant des enlèvements crypto, bien plus que le bitcoin lui-même.
- La police a fermé Reacher, un moteur de recherche de données volées, et arrêté ses jeunes administrateurs.
- Reacher a été lié aux enlèvements liés aux cryptomonnaies, où les fuites de données servent de carburant.
Reacher : un moteur de recherche à 730 millions de lignes
La Police nationale a détaillé l’opération ce mercredi 14 octobre. Créée en mars 2026, la plateforme revendiquait 730 millions de lignes de données indexées et plus de 3 millions de recherches. Rebaptisée Stryx au début de l’été, l’Office anti-cybercriminalité (OFAC) l’a mise hors ligne. Les policiers parlent d’une première en France pour ce type de site.
Le principe porte un nom dans le milieu : un « lookup ». Vous tapez un nom, un numéro, une plaque d’immatriculation ou un IBAN. Ensuite, le site croise des centaines de fuites et vous rend tout ce qu’il sait sur la personne visée. Quant à l’accès, il était gratuit ou sur abonnement, avec des crédits à acheter pour multiplier les requêtes.
Tout est parti d’un signalement de l’association e-Enfance, le 15 mai. Les trois mineurs sont poursuivis notamment pour recel d’extraction frauduleuse de données en bande organisée. Ils encourent jusqu’à dix ans de prison, avec un procès prévu en janvier 2027.
Lookups et enlèvements crypto : la même chaîne
Rien ne relie à ce stade Reacher à une agression crypto précise. En revanche, le mode opératoire des ravisseurs colle trait pour trait à ce que vendaient ces sites.
Le ministère de l’Intérieur a recensé 90 faits de violence liés aux cryptomonnaies entre le 1er janvier et la mi-août 2026 : enlèvements, séquestrations, extorsions. Surtout, les enquêteurs privilégient une piste, le repérage des victimes à partir de leurs données personnelles. Le ministère a transmis ces chiffres à Cointelegraph, sans les publier en détail.
Le raisonnement est simple. Une fuite chez un service crypto révèle qui détient des actifs numériques. Celle de Waltio, en janvier 2026, a exposé environ 50 000 utilisateurs. Un lookup comme Reacher fournit ensuite l’adresse, le téléphone, parfois le véhicule. Dès lors, il ne reste qu’à sonner.
Reacher tombé, les autres lookups tournent encore
Prudence avant de crier victoire. Selon Police & Réalités, un autre service baptisé BrixHub revendique 11 milliards de données. Signalé à la justice le 5 octobre, il reste pourtant en ligne à ce jour.
Les fichiers saisis contiennent aussi les données des clients de Reacher. Les enquêteurs les analysent. Par conséquent, certains utilisateurs pourraient à leur tour finir devant la justice. Pour une bande de ravisseurs qui aurait payé des crédits de recherche, la trace existe désormais quelque part.
Fermer Reacher a pris cinq mois, du signalement de mai à l’interpellation d’octobre. Pendant ce temps, la gendarmerie a dû bâtir toute une stratégie face aux crypto-rapts. Le 5 octobre, BrixHub et ses 11 milliards de données ont rejoint la pile des signalements.



