Virage doctrinal à Wall Street. JPMorgan, première banque américaine par la taille de son bilan, change de position. Elle juge désormais que le bitcoin peut faire mieux que l’or dans les prochains mois. L’argument n’a rien d’un coup de cœur. Autrement dit, à niveau de risque équivalent, les stratèges de la banque jugent le métal jaune plus cher que son rival numérique. Le bitcoin offrirait donc un meilleur point d’entrée à long terme.
Le raisonnement sort du bureau de Nikolaos Panigirtzoglou, stratège en chef des marchés mondiaux. Son équipe compare les deux actifs à volatilité ajustée depuis plusieurs cycles. Au final, ses notes successives ont placé la valeur théorique du BTC nettement au-dessus de son cours.
Points clés
- JPMorgan estime que le bitcoin peut faire mieux que l’or dans les prochains mois
- À volatilité ajustée, le modèle de la banque situait la valeur théorique du BTC près de 170 000 dollars
- Le debasement trade a d’abord profité à l’or, dont l’encours mondial dépasse 25 000 milliards de dollars
- JPMorgan accepte les ETF Bitcoin en collatéral et a déployé son jeton de dépôt JPMD sur Base
Bitcoin contre or, le calcul à volatilité ajustée de JPMorgan
La mécanique tient en une idée simple. Le bitcoin bouge plus que l’or, donc un portefeuille qui cherche la même dose de risque en détient moins. Concrètement, JPMorgan chiffre ce rapport. La volatilité du BTC peut valoir le double de celle du métal. Dans ce cas, un dollar de bitcoin apporte autant de risque que deux dollars d’or. Il suffit ensuite d’appliquer ce coefficient à la valeur de l’or détenu à titre d’investissement, hors bijouterie et usages industriels. Le résultat donne un prix théorique du bitcoin.
L’exercice donnait 126 000 dollars à l’été 2025. Il est monté à près de 170 000 dollars dans une note de novembre, sur six à douze mois. L’hypothèse retenue : un ratio de volatilité qui converge vers 2. Par ailleurs, le franchissement des 4 000 dollars l’once par l’or, une première historique, a mécaniquement gonflé cette cible. Plus le métal monte, plus le modèle réclame un bitcoin cher pour rétablir la parité de risque.
L’écart de taille entre les deux marchés nourrit l’asymétrie que la banque invoque. L’encours mondial d’or dépasse les 25 000 milliards de dollars. La capitalisation du bitcoin, elle, reste sous les 10 % de ce total. Un basculement même partiel de l’épargne défensive vers le BTC déplacerait donc son prix dans des proportions inédites. En clair, l’or, par sa masse, ne connaîtra jamais un tel mouvement.
L’or a déjà couru, le debasement trade cherche un relais
La flambée du métal doit beaucoup aux banques centrales. Le World Gold Council comptabilise plus de 1 000 tonnes achetées chaque année par les instituts monétaires. De plus, cette cadence tient depuis trois exercices consécutifs. L’autre moteur porte un nom devenu courant sur les desks, le debasement trade. Ce pari mise sur l’érosion de la valeur des monnaies fiduciaires. Dans les faits, il se nourrit des déficits publics américains et des pressions politiques exercées sur la Réserve fédérale.
Quand ce pari devient consensuel, l’or perd sa capacité à surprendre. JPMorgan y voit une file d’attente encombrée. La banque cherche donc le relais du côté du bitcoin, dont la base institutionnelle reste jeune. Les ETF spot américains, ouverts en janvier 2024, ont capté plusieurs dizaines de milliards de dollars de flux nets. Malgré tout, cette somme reste modeste face aux réserves publiques de métal accumulées depuis des décennies.
Du « pet rock » aux ETF Bitcoin en collatéral, JPMorgan a changé de pied
La position de la recherche tranche avec les sorties du patron de la banque. Jamie Dimon comparait en effet le BTC à un gadget des années 1970, le caillou de compagnie vendu en boîte.
« Il ne fait rien. Je l’appelle le pet rock.»
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, à Davos en janvier 2024
Le discours n’a pas freiné la maison. Dans la foulée, JPMorgan a lancé JPMD, un jeton de dépôt déployé sur Base, la blockchain de couche 2 développée par Coinbase. Elle a ensuite autorisé sa clientèle fortunée à utiliser des parts d’ETF Bitcoin comme garantie de prêt, à l’échelle mondiale. Dimon lui-même avait acté l’ouverture devant ses actionnaires en mai 2025 : « Nous allons vous laisser en acheter. Nous n’allons pas en assurer la conservation. »
Deux conditions peuvent refermer l’écart entre le cours du bitcoin et la cible du modèle. La première est une volatilité durablement rapprochée de celle de l’or. La seconde tient à des flux entrants capables de prendre le relais des banques centrales acheteuses de métal. D’ailleurs, la première avance déjà. La volatilité annualisée du BTC dépassait 80 % lors du cycle 2021. Elle est tombée à un plancher inédit d’environ 30 % dès l’été 2025. JPMorgan qualifiait alors ce niveau de plus bas jamais enregistré. Chaque point perdu sur cet indicateur augmente la quantité de bitcoin qu’un gérant s’autorise à détenir à risque constant. C’est donc exactement ce que mesure le bureau de Panigirtzoglou.
Cette compression s’est encore accentuée depuis. Dans une note du 5 février 2026, JPMorgan a relevé sa cible bitcoin à long terme à 266 000 dollars. Ce niveau est jugé « irréaliste » pour 2026, mais atteignable sur le long terme si le sentiment de marché s’améliore. Le ratio de volatilité BTC/or utilisé dans le modèle est tombé à 1,5. C’est donc un nouveau plancher après le 2 retenu en novembre. Le calcul s’appuie sur l’investissement privé dans l’or hors réserves des banques centrales, estimé à 8 000 milliards de dollars. Il suit aussi le relèvement de sa cible or à long terme, à 8 000-8 500 dollars l’once.
