Les contre-mesures tarifaires canadiennes de 20 milliards de dollars contre les États-Unis entrent en vigueur, Carney affirme ne pas chercher à intensifier la guerre commerciale mais souhaite accélérer la réduction de la dépendance envers les États-Unis
Le Premier ministre canadien, Carney, a déclaré que l’escalade du conflit n’est pas constructive, mais que les droits de douane sont nécessaires pour protéger le Canada. Au cours des six prochains mois, la population bénéficiant du commerce sans droits de douane sera doublée pour atteindre 3 milliards de personnes, tout en accélérant les grands projets d’infrastructures et en élargissant les relations de libre-échange avec d’autres pays. Selon les médias canadiens, la ministre du Commerce du Canada et la représentante au commerce des États-Unis ont eu plusieurs échanges informels ce week-end, mais l’appel prévu ce mardi portera sur la réponse américaine et non sur la résolution des divergences commerciales fondamentales.
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada continue de s’intensifier.
Le mardi 8 septembre, heure locale, le Canada a officiellement appliqué des droits de douane de représailles allant de 15 % à 50 % sur environ 20 milliards de dollars de marchandises américaines, touchant des centaines de produits, notamment l’acier et l’aluminium, le mobilier, le textile, l’électroménager et l’électronique. Parmi eux, certains droits sur l’acier et l’aluminium américains, auparavant fixés à 25 %, ont été relevés à 50 %. Il s’agit d’une contre-mesure dite « dollar pour dollar » du Canada, en réponse aux droits de 50 % imposés par les États-Unis depuis le 22 août.
Le jour même de l’entrée en vigueur de ces représailles, le Premier ministre canadien, Carney, a prononcé un discours à la nation, soulignant que le Canada « ne cherche pas à escalader » le conflit commercial avec les États-Unis, mais doit agir pour protéger ses travailleurs et ses entreprises. Il a également déclaré que le Canada accélérerait la construction d’infrastructures, élargirait ses relations commerciales extérieures et réduirait sa dépendance à l’égard de l’économie américaine, tout en affirmant que le modèle de forte dépendance au marché américain, instauré depuis plusieurs décennies, est en train de prendre fin.
Les responsables canadiens et américains restent en communication, mais un retour à des négociations commerciales formelles semble encore lointain. Selon les médias, la ministre canadienne du Commerce, Leblanc, et la représentante américaine au commerce, Greer, ont organisé un appel téléphonique mardi. Le camp canadien s’attend à ce que cet échange porte principalement sur la façon dont les États-Unis prévoient de répondre aux droits de douane de représailles canadiens entrés en vigueur, plutôt que sur une résolution directe des différends commerciaux fondamentaux à l’origine de l’escalade. Des responsables canadiens ont révélé que les deux parties avaient déjà eu plusieurs échanges informels le week-end et que cette nouvelle communication servirait également à planifier les « prochaines étapes ».
Dans le même temps, le président américain Donald Trump continue d'exercer une pression sur le Canada. Trump a menacé de limiter les ventes d’avions du constructeur canadien Bombardier aux États-Unis, et a précédemment menacé d’augmenter à 50 % les droits de douane sur les automobiles, camions et pièces automobiles canadiens dès l’an prochain. Avec l’entrée en vigueur des mesures de représailles canadiennes, une nouvelle réaction américaine devient le prochain point d’attention des marchés.
Carney : La riposte n’a pas pour but d’escalader le conflit, mais de protéger le Canada
Carney a déclaré mardi qu’il « ne croit pas à l’escalade du conflit », car cela « n’a rien de constructif ». Toutefois, le Canada ne peut permettre que, pendant que les États-Unis imposent des droits de douane sur les exportations canadiennes, les marchandises américaines continuent d’entrer au Canada sans taxe.
« Nos droits de douane sont nécessaires », a affirmé Carney, leur objectif étant de protéger les travailleurs, les entreprises et les communautés canadiennes.
Il a toutefois reconnu que la guerre commerciale serait difficile. Carney a souligné que l’impact des droits américains serait plus lourd pour certains Canadiens et que cet impact est en partie « intentionnel ».
C’est pourquoi le gouvernement canadien relève d’une part le coût d’accès des produits américains au marché, et prépare, d’autre part, à apporter son soutien aux entreprises et travailleurs touchés.
Les médias ont récemment analysé que ce nouvel affrontement commercial pourrait causer plus de tort au Canada, car son économie est plus petite et très dépendante du marché américain. Certaines PME canadiennes pourraient même être contraintes, de fait, de quitter le marché américain sous le coup des droits américains de 50 %.
Carney mise sur la « dé-américanisation » : élargir le marché exempt de droits dans les six prochains mois
Plus que la dimension purement vindicative, le discours de Carney de mardi a signalé un véritable ajustement de la stratégie économique canadienne future.
Carney a souligné que le Canada devait réduire sa dépendance au marché américain unique, accélérer la construction d’infrastructures et diversifier ses échanges. Il a expliqué que, si l’économie canadienne s’est fortement intégrée à celle des États-Unis depuis quatre décennies, ce modèle, bien que jadis bénéfique, a aussi abouti à une dépendance excessive.
« Cette époque est terminée. » a-t-il déclaré.
Carney a également annoncé que le Canada doublerait, dans les six prochains mois, la population couverte par ses accords de libre-échange exemptés de droits, atteignant 3 milliards de personnes, tout en accélérant les grands projets d’infrastructure et en élargissant ses relations de libre-échange avec d’autres pays.
Il a aussi insisté sur le rôle des entreprises et des consommateurs canadiens – notamment en préférant acheter du local ou voyager à l’intérieur du pays.
Cela signifie que le gouvernement canadien tente de transformer le choc commercial actuel en moteur de réformes structurelles. Pour une économie aussi dépendante des États-Unis, la diversification des partenaires commerciaux impliquera certes des ajustements de court terme plus coûteux. Mais la politique d’Ottawa montre que la réduction de cette dépendance devient un axe essentiel de la riposte actuelle.
Des échanges entre responsables mais pas de relance formelle des négociations
Selon CBC, les autorités américaines et canadiennes restent en contact, mais sans négociation formelle sur le cœur du litige actuel.
La ministre canadienne du Commerce, Leblanc, et la représentante américaine Greer s’étaient entretenues ce mardi. Une source canadienne familière des discussions assure que l’appel portait essentiellement sur la réaction américaine aux nouveaux droits canadiens plutôt que sur un règlement de fond du conflit commercial.
Toutefois, les deux parties devaient aussi aborder les « prochaines étapes ». Une autre source indique que Leblanc et Greer avaient déjà conversé informellement à plusieurs reprises le week-end qui précédait.
Le porte-parole de Leblanc, Gabrielle Brunet, a confirmé à CBC que les responsables canadiens et américains poursuivaient leurs échanges sur une série de sujets, mais que « pour l’instant, aucune négociation commerciale formelle n’est engagée ».
En conséquence, la situation actuelle relève davantage d’un état de « communication et d’évaluation », que d’une relance véritable des négociations. Les deux pays restent en contact, mais sont encore loin d’un retour à la table des discussions pour résoudre l’impasse.
Trump accentue la pression : Bombardier pourrait être la prochaine « carte » jouée
La mise en œuvre des contre-mesures canadiennes a accru l’attention portée à la dernière menace de Trump.
Lundi, Trump a laissé entendre qu'il pourrait interdire à Bombardier de vendre des avions aux États-Unis, sauf si l’entreprise transférait davantage de production sur le sol américain. Les médias américains rappellent que Bombardier possède une importante chaîne d’approvisionnement aux États-Unis, avec quelque 2 800 fournisseurs et des opérations industrielles et logistiques au Texas, dans l’Iowa, etc.
Cette menace est particulièrement significative, car Bombardier est déjà une entreprise très internationalisée, utilisant de nombreux fournisseurs et pièces américaines dans ses avions. Si Trump agissait pour restreindre leur présence sur le marché américain, cela affecterait non seulement l’entreprise canadienne mais aussi la chaîne d’approvisionnement américaine.
Trump avait également menacé d’instaurer, à partir du 1er janvier 2027, des droits de 50 % sur les voitures, camions et pièces détachées en provenance du Canada. Par ailleurs, il a signé un décret rebaptisant le lac Ontario, sur les cartes officielles américaines, en « lac Américain », ce qui ajoute de nouveaux éléments diplomatiques et politiques au conflit commercial canado-américain.
Des droits de douane devenus un coût réel pour les deux économies
La mise en œuvre des contre-mesures prend place après la rupture soudaine des discussions canado-américaines le 21 août.
Depuis le 22 août, les États-Unis, sur la base de la section 338 du Tariff Act de 1930, imposent un droit de 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes, touchant les cosmétiques, la bière, les vêtements d’hiver, les meubles en bois, le ciment, etc., mais épargnent les principales ressources canadiennes comme le pétrole, la potasse ou certains minerais. Le Canada a riposté en visant des marchandises américaines d’une valeur équivalente.
Les droits canadiens couvrent environ 6 % des exportations américaines vers le Canada, avec des taux de 15 % à 50 % ; certains produits d’acier et d’aluminium américains passant de 25 % à 50 %. Sur le volume global, ces nouveaux droits ne sont pas les mesures les plus vastes, mais du fait de la forte intégration des chaînes d’approvisionnement, des secteurs comme l’acier, l’automobile, l’industrie manufacturière et la consommation pourraient subir un impact direct.
Le plus grand risque est que ces droits de douane passent du simple levier de négociation à un coût immédiat pour les entreprises.
D’après les médias, si ces taxes élevées perduraient, les PME canadiennes seraient les premières touchées ; du côté américain, les États du Michigan, de l’Ohio, très engagés dans le commerce avec le Canada, pourraient aussi en pâtir. L’imbrication économique entre les deux pays rend peu probable que seuls les adversaires commerciaux en supportent le coût, qui risque d’être redistribué via les chaînes d’approvisionnement, les coûts des entreprises et les prix à la consommation.
Carney souhaite donc faire de ce conflit commercial le moteur d’une transformation de la structure économique canadienne. Il a déclaré que le Canada doublerait, dans les six mois, la taille de la population couverte par les accords de libre-échange, la portant à 3 milliards, et accélèrerait les investissements dans les infrastructures et le développement de nouveaux partenariats commerciaux.
Pour le Canada, la riposte ne se veut donc pas une simple réaction conjoncturelle à la politique américaine, mais s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de la dépendance à l’économie américaine et d’élargissement des partenariats. Pour les États-Unis, face à la montée des tensions dans l’automobile et l’aéronautique, une question cruciale demeure : la guerre commerciale entre les deux pays s’étendra-t-elle au-delà des droits de douane vers des restrictions accrues à l'accès au marché ? L’incertitude domine encore la relation bilatérale.
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