Intervention conjointe des États-Unis et du Japon : le nouvel « Accord du Plaza », le début du système de Bretton Woods 2.0 et la fin de l’ère du carry trade sur le yen
Les États-Unis et le Japon ont uni leurs forces de manière sans précédent pour soutenir le yen sur les marchés, faisant remonter le taux de change du yen à 157,40 en deux jours à partir d’un plus bas historique de près de 40 ans. Alors que le Japon est contraint de vendre des bons du Trésor américains pour défendre sa monnaie nationale, et que les géants de la technologie passent du statut de fournisseurs d'épargne à celui de consommateurs de crédit, la logique du carry trade sur le yen, qui soutient le système financier mondial depuis des décennies, s’effondre. Un bouleversement majeur inaugurant une nouvelle structure macroéconomique mondiale est en cours.
Les États-Unis et le Japon se sont exceptionnellement alliés pour soutenir le yen, une coopération rarement vue depuis plusieurs décennies, ce qui pousse le marché à réévaluer le modèle global du flux de capitaux, longtemps dépendant d’un financement à faible taux d’intérêt en yen. Certains stratèges estiment que, si cette orientation politique se maintient, cela pourrait marquer un tournant dans les opérations de carry trade sur le yen et provoquer un ajustement plus profond de l’allocation des fonds à l’échelle mondiale.
Le Secrétaire au Trésor américain, Besant, et le Président Trump ont confirmé, durant le week-end, l’implication active des États-Unis dans le soutien du yen. Besant a affirmé clairement que les États-Unis n’hésiteraient pas à participer à de nouvelles interventions conjointes afin de corriger la sous-évaluation importante du yen. Parallèlement, Trump a souligné que cette intervention démontre la relation d’alliance entre les deux pays et prévoit que Washington obtiendra d’importants bénéfices financiers de cette action collective.
Cette synchronisation politique rare a rapidement déclenché de vives réactions sur les marchés financiers. Avec l’intervention directe et officielle, des déclarations de haut niveau et une orientation donnée aux banques de trading par les autorités, le taux de change yen/dollar a grimpé en fin de séance à New York jusqu’à 157.40, son niveau le plus fort depuis début mai. Deux jours auparavant, le yen évoluait encore près de son niveau le plus bas depuis 1986.

L'analyse du marché indique que la coopération USA-Japon dépasse le cadre habituel de la gestion des taux de change. Alors que le Japon pourrait vendre ses réserves de change pour défendre sa monnaie, la réévaluation de la courbe des taux des obligations américaines à long terme stimule l’émergence d’une nouvelle normalité dominée par une reconfiguration de la liquidité sur les marchés financiers mondiaux.
Collaboration rare : soutien officiel américano-japonais et détails de l’intervention
Selon Bloomberg, le ministère des finances japonais et le département du Trésor américain coopèrent à un degré inédit pour soutenir le yen.
Besant a publié sur X, le réseau social, que le Trésor américain surveille la situation de près et reste en communication étroite avec le ministère des finances et la Banque centrale du Japon. Il a également souligné que l’outil de rachat FIMA constitue un soutien important, encourageant un élargissement de son volume dans les prochains mois.

Les détails de l’intervention commencent à émerger. Selon Reuters, lors d’une réunion ministérielle à Camp David, le carnet de notes devant Besant mentionnait explicitement une « tâche d’achat de 5 à 10 milliards de dollars de yen ». De plus, Bloomberg rapporte qu’après les propos recueillis auprès de sources proches, le ministre japonais des finances, Satsuki Katayama, pourrait annoncer dès lundi des mesures américaines et japonaises coordonnées pour intervenir sur le marché des devises et contenir la dépréciation excessive du yen.

Sur le plan politique, le Président Trump a déclaré aux journalistes, à bord d’Air Force One, que les États-Unis sont prêts à tout moment à aider le Japon, symbole de l’amitié entre les deux pays. Lorsqu’on lui a demandé quel profit les États-Unis pourraient en retirer, Trump a évoqué l’accord de swap monétaire signé l’année dernière avec l’Argentine, soulignant que les États-Unis avaient gagné 25 milliards de dollars grâce à cet accord, et prévoyant que cette intervention produirait également un avantage financier.
Réévaluation du marché : fin de l’ère du carry trade et pression sur les obligations américaines à long terme
Le vif rebond du yen n’est pas uniquement le fruit d’une opération d’intervention ; il touche au fondement même du système financier global.
Depuis les années 1980, le Japon a occupé une position centrale dans le carry trade mondial sur le yen, exportant son épargne, abaissant ses rendements et maintenant un ordre financier fondé sur un levier bon marché et sur les actions des banques centrales.
Les analyses indiquent qu’avec l’abandon progressif de la politique d’assouplissement quantitatif et l’approche de la fin du carry trade sur le yen, cet ancien ordre se désagrège. Dorénavant, les taux d’intérêt du marché seront de plus en plus déterminés par les marchés eux-mêmes et non par les seules banques centrales.
James Thorne, stratège en chef chez Wellington Altus, estime que les récentes initiatives de Besant montrent que le Trésor américain a parfaitement compris que les variations du segment long de la courbe des taux américains sont entraînées par les flux de capitaux. Si Tokyo doit défendre le yen, le ministère des finances japonais pourrait devoir vendre des obligations du Trésor américain. Lorsque le plus grand détenteur étranger de la dette américaine devient vendeur, les rendements à long terme des obligations américaines feront l’objet d’une réévaluation.

Rétraction du crédit et mutation structurelle : plus qu’une simple panique inflationniste
Face à la hausse des rendements à long terme des obligations américaines, Wall Street a tendance à l’attribuer au « risque d’inflation », mais les données de marché n’apportent guère de preuves. Pour l’heure, le taux d’inflation d’équilibre demeure ancré et le marché du crédit ne valorise pas de nouveaux mécanismes inflationnistes.

L’analyse suggère que les véritables moteurs résident dans la liquidation des réserves de change japonaises et dans un processus d’ajustement global encore peu perçu par le marché. En outre, la transformation du rôle capitalistique des grandes sociétés technologiques intensifie cette pression. Autrefois absorbant la duration, les géants technologiques émettent désormais massivement des obligations pour financer les infrastructures AI, les centres de données et les puces, passant de fournisseurs d’épargne à consommateurs de crédit.
Ces forces à long terme resserrent les conditions de crédit globales. Dans une économie mondiale ayant longtemps partagé les profits du carry trade, ce processus de déleveraging exige une grande habileté. Les banques centrales doivent réduire les taux pour faciliter cette réorganisation globale de liquidité plutôt que de considérer ce phénomène comme un simple signal d’inflation.
Nouvel ordre en gestation : prémices d’un Bretton Woods 2.0
L’analyse suggère que les secousses actuelles sur le marché des devises ne constituent pas seulement une intervention technique, mais portent les germes d’un nouveau « Accord du Plaza » et du démarrage d’un Bretton Woods 2.0.
Les États-Unis cherchent à sortir de leur longue stagnation grâce à l’économie d’offre, à la déréglementation et à des investissements productifs, pour accélérer la croissance. Selon l’analyse, une Fed dirigée par Walsh s’accorderait parfaitement à cette nouvelle configuration mondiale, puisque la croissance économique ne sera plus considérée comme une erreur de politique.
Parallèlement, le Japon pourrait connaître une restructuration de son économie et de son rôle géopolitique.
Qu’il s’agisse d’une action temporaire visant à stabiliser les taux de change ou d’une coordination politique internationale de long terme, cette intervention conjointe oblige le marché à revoir le modèle d’arbitrage du yen en place depuis des décennies, ainsi que les nouveaux changements potentiels dans les flux de capitaux mondiaux.
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