Walsh "suggère" de modifier l'indicateur d'inflation, le marché "perçoit une mauvaise odeur"
Le président de la Fed, Walsh, a déclaré précédemment qu’il utiliserait, pour évaluer l’inflation, des indicateurs plus larges que le PCE et qu’il pourrait ajuster le cadre de l’inflation après janvier de l’année prochaine. Cette déclaration a provoqué une volatilité sur le marché, le taux d’inflation d’équilibre sur 30 ans affichant sa plus forte hausse quotidienne depuis le début de 2024. Des économistes remettent en question le groupe de travail, estimant qu’il pourrait servir à couvrir le défi de redéfinir l’inflation, tandis que les options d’indicateurs alternatifs au PCE restent extrêmement limitées.
Un signal diffusé par le président de la Federal Reserve, Walsh, sur le cadre d’évaluation de l’inflation, suscite des vagues sur les marchés.
Mercredi, heure de la côte Est des États-Unis, lors de la conférence de presse sur la décision de taux de la Fed, Walsh a déclaré que la gamme des données sur l’inflation qu’il surveille ne se limite plus à l’indicateur préférentiel de longue date de la Fed, à savoir l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE).
Il a également laissé entendre qu'après janvier de l'année prochaine, la Federal Reserve pourrait exprimer ses intentions concernant le cadre stratégique de l’inflation. Cette déclaration a rapidement déclenché un vif débat parmi les investisseurs et les économistes.
Le taux d’inflation d’équilibre sur 30 ans a alors enregistré la plus forte hausse journalière depuis 2024. Certains acteurs de marché considèrent que la prise de position de Walsh sur le PCE est l’un des principaux facteurs ayant provoqué cette volatilité.
Walsh redéfinit la “perspective sur l’inflation”
Walsh a été très clair durant la conférence de mercredi :
Nous atteindrons l’objectif d’inflation de 2 %, il n’ira pas plus haut. Mais pour atteindre cet objectif, je dois me référer à des données d’inflation plus larges que le seul indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE).
L’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) est l'indicateur d’inflation favorisé de longue date par la Fed, et il est également utilisé par les responsables politiques pour formuler des prévisions.
Les données officielles montrent que le PCE a augmenté de 3,7 % en glissement annuel en juin. Walsh a précisé :
Nous continuerons d’utiliser cet indicateur.
Mais il a ajouté :
Qui sait, après janvier de l’année prochaine, nous pourrions apporter des modifications à la stratégie.
Cette déclaration est liée à la création de plusieurs groupes de travail, dont l’une des missions consiste précisément à examiner le cadre d’inflation de la Fed ainsi que les données économiques surveillées.
Michael Feroli, économiste en chef américain chez JPMorgan Chase, a commenté sans détour dans un rapport destiné à ses clients :
Ces déclarations semblent confirmer les inquiétudes extérieures — la création des groupes de travail n’est qu’une couverture pour redéfinir le défi de l’inflation.
Peu d’alternatives pour remplacer l’indicateur
Dans le débat sur la “substitution du PCE”, l’ancien président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, a exprimé son scepticisme.
Lacker a déclaré :
Vers quoi peuvent-ils se tourner, et surtout sur quels critères s’appuyer, ce n’est pas évident du tout.
L’ancien responsable de la Fed, connu pour ses positions hawkish, a souligné :
Il faut choisir un indice fiable couvrant un large spectre. À ce stade, seuls deux remplissent cette condition : l’indice des prix PCE et le CPI, rien d’autre.
L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,5 % sur un an en juin. Cet indice sert aussi de référence pour la tarification des obligations américaines indexées sur l’inflation (TIPS) et pour l’ajustement du coût de la vie des prestations sociales.
Lacker ajoute que sur le long terme, la performance des deux indices "ne diffère pas tant". Kathy Bostjancic, économiste en chef chez Nationwide, souligne pour sa part la demande cruciale du marché :
Il est urgent de clarifier quels indicateurs d’inflation lui et la Fed surveillent.
Mercredi, Walsh n’a pas révélé quels autres indicateurs il envisage. Ce vide est précisément au cœur des inquiétudes actuelles du marché.
Vigilance sur le marché obligataire, primes de maturité sous pression de réévaluation
Sur le marché américain des obligations indexées sur l’inflation, qui pèse plus de 2 000 milliards de dollars, les propos de Walsh ont déclenché une réaction en chaîne.
Les stratégistes de JPMorgan recommandent à leurs clients de parier sur la montée des anticipations d’inflation via le contrat swap inflation cinq ans à cinq ans.
Andrew Hollenhorst et Veronica Clark, économistes chez Citi, se montrent plus optimistes dans un rapport publié jeudi, anticipant :
Dans les prochains mois, il deviendra plus clair que les indicateurs d’inflation plus larges que surveille Walsh ne présenteront pas de hausse inquiétante.
Toutefois, l’équipe de stratégie de Citi met aussi en garde : l’attitude de Walsh pourrait ouvrir une nouvelle fourchette de négociation pour le taux d’inflation cinq ans à cinq ans, cet indicateur étant auparavant restreint par une limite d’environ 2,5 %.
Jon Hill, responsable de la stratégie sur l’inflation aux États-Unis chez Barclays, souligne un risque plus profond pour le marché :
Dès que la confiance du marché dans la détermination de la Fed à lutter contre l’inflation diminue ou que l’incertitude augmente, cela se traduit par une prime de maturité et une prime de risque d’inflation plus élevées.
Sur le marché des bons du Trésor américain, dont la valeur dépasse les 31 000 milliards de dollars, la hausse de la prime de maturité entraîne une hausse directe des taux longs. La courbe de rendement des bons du Trésor américains ne cesse de s’accentuer entre les maturités de 2 ans et 30 ans.

Le rendement des bons du Trésor à 30 ans reste proche de son niveau le plus élevé depuis 2007.

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