À grande récompense, grand courage ! Avec le risque croissant dans le détroit d'Ormuz, les compagnies maritimes offrent d'importants bonus pour attirer les équipages à naviguer malgré le danger
Le détroit d'Ormuz est devenu l'une des voies maritimes les plus dangereuses au monde, et les compagnies de navigation tentent de compenser ce déficit de risque par de l'argent.
Selon Bloomberg, des entreprises de transport maritime internationales, y compris Sinokor, le plus grand propriétaire mondial de super pétroliers, offrent de généreuses primes aux équipages prêts à traverser le détroit d'Ormuz. Depuis le début du conflit entre les États-Unis et l’Iran, au moins 59 navires commerciaux ont été attaqués dans le golfe Persique et les eaux environnantes, causant la mort de 17 membres d’équipage. Les taux d’assurance maritime ainsi que les primes pour les équipages ont fortement augmenté, mais beaucoup de marins préfèrent renoncer à la rémunération supplémentaire plutôt que de risquer la traversée.
Les dernières données de navigation de Kpler indiquent que du 17 au 19 juillet, seuls 30 navires vérifiés ont traversé le détroit d’Ormuz, le trafic restant sévèrement limité. Parallèlement, selon Reuters, les compagnies de navigation évitent volontairement le corridor de passage le long des côtes d’Oman dirigé par les États-Unis, craignant des attaques de l’Iran, exacerbant encore les inquiétudes du marché concernant la sécurité du transport mondial d’énergie.
Sinokor propose une prime de six mois de salaire
Selon un document obtenu par Bloomberg, Sinokor offre à ses équipages une prime équivalente à six mois de salaire supplémentaire à condition d’effectuer un aller-retour entre l’Arabie Saoudite ou l’Irak pour charger du pétrole brut, et de le décharger dans la baie d’Oman, l’entreprise estimant la durée du voyage à environ un mois.
Selon ce schéma, un capitaine peut recevoir une prime d'environ 15 000 dollars, alors que le salaire mensuel d'un marin ordinaire n'est que d'environ 1 500 dollars. Il est à noter que Sinokor facture des frais de location de navire atteignant 500 000 dollars par jour, la différence entre les primes versées à l’équipage et les revenus des armateurs attire l’attention.
Le président de GlobalMET, organisation mondiale de formation des marins, et collaborateur de l’Organisation maritime internationale (OMI), le capitaine Pradeep Chawla, explique : "Certains groupes offrent de très grosses primes à leur personnel", et il note que "nous entendons parler de nombreux marins qui choisissent de quitter leur poste, mais les sociétés trouvent toujours des volontaires pour partir".
Attaques fréquentes, recours juridique des personnels
La détérioration persistante de la situation sécuritaire dans le détroit a déclenché des réactions juridiques en chaîne.
Début juillet, trois marins thaïlandais ont intenté une action en justice contre leur ancien employeur, Precious Shipping, deux sociétés connexes ainsi que le capitaine concerné, les accusant de les avoir exposés à une situation dangereuse et de les avoir licenciés avant la fin de leur contrat de neuf mois. Plus tôt, en mars, un projectile avait frappé leur navire, tuant trois membres d’équipage.
Selon les données de l'organisme de transport maritime des Nations unies, depuis le début du conflit entre les États-Unis et l'Iran, au moins 59 navires commerciaux ont été attaqués dans le golfe Persique et ses environs, entraînant la mort de 17 marins. L’augmentation des attaques contre les navires a fait chuter brutalement le trafic à travers le détroit d’Ormuz, ce qui a provoqué une forte hausse des coûts de transport.
Efficacité douteuse du programme de passage dirigé par les États-Unis
Selon Reuters, les compagnies de navigation évitent délibérément le corridor de passage établi par les États-Unis le long du littoral d'Oman, car sous le cadre du mémorandum d’entente (MoU) irano-américain, les navires qui contournent la voie maritime désignée par l’Iran ont été attaqués à plusieurs reprises.
Un professionnel du secteur maritime estime que la partie américaine semble avoir perdu le contrôle de la situation actuelle. L’analyste du cabinet de conseil en risques Verisk Maplecroft, Torbjorn Solvedt, met en garde : "L’Iran conserve la capacité de frapper les navires sur la ligne d’Oman", ce qui rend difficile la réussite du projet de maintien de la circulation dans le détroit voulu par l’administration Trump.
La situation actuelle montre que, sur fond de risques géopolitiques non résolus, la simple incitation économique pour maintenir l’ordre du trafic maritime au détroit d’Ormuz reste très limitée, et les pressions pesant sur la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale ne devraient pas se dissiper à court terme.
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